Quand la Bible parle du butin qui sera partagé avec les puissants, ça renvoie à quoi ?
- Chrétien Réformé
- 12 mars 2022
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 nov. 2024
La question
Hello Jimm, j'ai une question sur le verset 12, dans Esaïe 53. Quand on parle du butin qui sera partagé avec les puissants, ça renvoie à quoi ? Merci pour ta réponse, soit béni.
L’analyse
Salut Bastien,
Ta question est vraiment intéressante.
Avant tout, on va devoir éclairer ce passage avec le contexte historique du verset 12, voire même du chapitre entier de Esaïe 53. Nous allons devoir être académiques sur la première partie et ensuite, nous nous pencherons avec plus d'attention sur Esaïe 53.12. Pour comprendre ce qui suit, je vous encourage à lire le chapitre entier.
Le contexte historique
Dans Esaïe 40 à 55, il y a ce qu’on appelle les quatre chants du Serviteur qui parlent principalement de ces thèmes :
Le caractère du Serviteur (42.1–4)
L’appel du Serviteur (49.1–6)
L’œuvre du Serviteur (50.4–9)
La chance du Serviteur (52.13–53:12)
Selon Robinson, le dernier chant (Esaïe 52.13-53.12) comporte 15 versets divisés en 5 strophes, comme suit :
Le destin du Serviteur (52:13–15)
La course du Serviteur (53:1–3)
Les souffrances du Serviteur (53:4–6)
La soumission du Serviteur (53:7–9)
La récompense du Serviteur (53:10–12)
Le chapitre 53 de Esaïe fait partie du discours du livre, donc du chapitre 40 à 55 de Esaïe, et techniquement parlant, on l’appelle le "Deutéro-Esaïe" ou Esaïe 2.
En réalité, les chapitres 40 à 55 n'ont pas vraiment été écrits par Esaïe, car il a vécu au 8ème siècle avant Jésus-Christ. Ces chapitres ont donc été écrits par un prophète anonyme qui était présent au moment où l’exil à Babylone était sur le point de prendre fin.
Cyrus, roi de Perse, avait conquis tout Babylone durant l’année 539 avant Jésus-Christ, ce qui inclus l’ancien territoire de Judée.
En fait, le message clé à comprendre de Esaïe 40 à 55 est qu’il y aura la venue de Cyrus, roi de Perse, qui viendra régner sur Babylone ancien territoire de Judée. Il faut donc comprendre qu'avant cela, le peuple était en exil sous l’empire de Babylone. Lisons ce que le prophète Jérémie à ce sujet :
10 Mais ainsi parle le SEIGNEUR : Dès que septante ans seront écoulés pour Babylone, j'interviendrai pour vous et je réaliserai à votre égard ma bonne parole en vous ramenant en ce lieu. 11 Je connais, moi, les plans que je prépare à votre intention — déclaration du SEIGNEUR — non pas des plans de malheur, mais des plans de paix, afin de vous donner un avenir et un espoir. (Jérémie 29.10-11)
Quand les 70 années seront écoulées, l’empire Perse viendra délivrer le peuple et le roi Cyrus prendra place parce que Dieu l’avait déjà préparé ainsi avant la fondation du monde.
Comment pouvons-nous être sûrs que ceci est vrai ? Allons voir le chapitre 44 :
25 Je déjoue les signes des vantards et je fais perdre la tête aux devins ; je fais reculer les sages et je rends leur connaissance stupide. 26 Je réalise la parole de mon serviteur et je mène à bien les projets de mes messagers. Je dis de Jérusalem : "Elle sera habitée." Et des villes de Juda : "Elles seront rebâties !" Et je relèverai leurs ruines. 27 Je dis à l'eau profonde : "Dessèche-toi, je tarirai tes fleuves." 28 Je dis de Cyrus : "C'est mon berger ! Il comblera tous mes désirs." En disant de Jérusalem : "Qu'elle soit rebâtie", et du temple : "Qu'il soit fondé !" (Esaïe 44.25-28)
En d'autres termes, ce qu’il faut comprendre dans les chapitres de Esaïe 40 à 55 est qu'Israël et Juda seront restaurées et les terrains seront à nouveau peuplés.
Voici un autre verset qui mentionne Cyrus :
1 Voici ce que dit le SEIGNEUR à l'homme qui a reçu son onction, — à Cyrus, que j'ai saisi par la main droite, pour terrasser devant lui des nations, pour détacher la ceinture des rois, pour ouvrir devant lui les deux battants, et que les portes des villes ne soient plus fermées. (Esaïe 45.1)
Donc le personnage que Dieu utilisera pour libérer son peuple des mains des Babyloniens est le roi Cyrus. Le terme Messie veut dire le oint ou le choisi. Dans ce passage, il y a le choisi de Dieu, qu'il a lui-même élu pour sortir son peuple de Babylone. Les chapitres 40 à 55 parlent de son oint, Serviteur du Seigneur ou Israël souffrant. Mais de qui parle-t-on ?
Voyons ce que le chapitre 40 nous dit :
1 Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. 2 Parlez au cœur de Jérusalem, criez-lui que son combat est terminé, qu'elle s'est acquittée de sa faute, qu'elle a déjà reçu du SEIGNEUR le double de ce qu'elle méritait pour tous ses péchés.
Dans ces deux versets on peut pratiquement voir de quoi il parlera et de qui il nous parlera.
Ce passage parle bien d'Israël, qui va souffrir doublement. Mais l'histoire ne s'arrête pas sur la souffrance du peuple de Dieu, le serviteur du Seigneur. En effet, la souffrance va de paire avec la restauration divine. C’est un fait qui ne peut être séparé.
On parle d’un personnage qui incarne le collectif du peuple d'Israël (le serviteur du Seigneur) qui souffrira mais qui sera restauré après sa double souffrance. Donc ce discours dans Esaïe 40 à 55 nous parle de la souffrance d'Israël et de sa restauration.
Selon les écritures de l’Ancien Testament, lorsque quelqu’un pèche, ce n’est pas à un autre de payer sa transgression : c'est une affaire personnelle. De la même manière, la Judée avait été ramenée en exil sous l’empire de Babylone pour payer le prix de ses péchés.
Le chapitre 53
À présent que nous avons éclaircis le contexte historique, penchons-nous sur le chapitre 53. Ce passage nous évoque comment la souffrance de ce serviteur est arrivée à sa fin. D’ailleurs, ce serviteur est mort mais nous verrons aussi comment sa mort génère une rénovation spirituelle.
Ce chapitre est l’un des chapitres les plus émotifs et les plus beaux de la Bible.
Il y a quelque chose d’important à remarquer ici de caractère linguistique et grammatical : À chaque fois que l'on parle de la mort et la souffrance du Serviteur, on parle au temps passé. Quand le prophète anonyme écrit Esaïe 40-55, les verbes en hébreux sont la plupart au passé, donc ce n’est pas un événement à venir, étant donné que les événements se sont accomplis.
Le serviteur a déjà souffert et il est mort aussi. On parle ici de sa prédiction, c'est-à-dire de sa restauration. Par conséquent, le thème central de ce chapitre 53 est la Restauration du serviteur, la restauration d'Israël. Elle ne se limite pas à la nation en tant que tel, mais elle s'étend à une restauration spirituelle, représentant le pardon des culpabilités du peuple d'Israël. C'est grâce au pardon de Dieu que le peuple d'Israël est restauré.
Commentaire
12 C'est pourquoi je lui donnerai une part avec la multitude ; il partagera le butin avec les puissants, parce qu'il s'est livré lui-même à la mort et qu'il a été compté parmi les transgresseurs— alors qu'il a porté le péché d'une multitude et qu'il est intervenu pour les transgresseurs. (Esaïe 53.12)
Pour clarifier les choses et pour bien comprendre le verset 12, nous devons répondre à la question primordiale : Qui est ce Serviteur en ce temps-là ? La réponse à la question est bien sûr le peuple de Dieu, qui est parti en exil. Pendant ce temps, il y avait des faux prophètes mais aussi un prophète du nom de Jérémie, qui apportait un message d'espérance, quoi que peu réconfortant pour les gens de notre époque.
Cette espérance ne fait pas honte mais elle donne de l'espoir en l'accomplissement des paroles du Créateur. Seuls les fidèles croyants pouvaient croire au message de Dieu à travers Jérémie.
Une des plus grande erreurs des théologiens, pasteurs, enseignants de la Parole est qu’ils font toute suite une réflexion théologique et ils n'analysent pas le verset à sa juste valeur. À cause de cela, nous perdons l'essence du message porté par ce texte.
Le "c’est pourquoi je lui donnerai une part avec la multitude" nous connecte avec la souffrance expérimentée par le peuple de Dieu en exil pendant 70 ans. Mais comme nous avons pu le remarquer, la souffrance est toujours accompagnée de la restauration dans la Bible.
Le peuple de Dieu était complètement détruit, il devait renaître de ses cendres. Mais cette souffrance, l’Eternel l’avait déjà prévue dès le commencement de la création, pour qu’ils puissent payer pour leurs crimes. Bien que difficile, cette étape était nécessaire pour atteindre la paix tant voulue par le peuple de Dieu. En effet, dans les temps anciens, on ne donnait jamais une récompense à une personne qui n’avait jamais rien fait. Elle devait souffrir au point de donner sa vie comme un sacrifice. C'est pour cela que dans l’Ancien Testament, les sacrifices ou le suicide n’étaient pas mal vus comme aujourd'hui, même par Dieu.
Un exemple flagrant est celui de Samson. Séduit puis trompé par Dalila, on lui a ôté la vue et rasé les cheveux, ce qui lui a fait perdre toute sa force. Il a ensuite été enchaîné par les Philistins et humilié. Mais finalement, Samson invoqua une dernière fois l’Eternel pour qu’il lui redonne sa force et, par son sacrifice (ou même suicide), Samson honora Dieu.
Voilà pourquoi nous avons du mal à comprendre la Bible à cause de notre culture, car nous avons une autre façon de penser et nous ne pensons pas conformément à la Bible.
Il est écrit :
Il partagera le butin avec les puissants, parce qu'il s'est livré lui-même à la mort et qu'il a été compté parmi les transgresseurs— alors qu'il a porté le péché d'une multitude et qu'il est intervenu pour les transgresseurs. (Esaïe 53:12)
La situation de ce peuple était misérable. Pour approfondir, on ne peut éviter d’aller jeter un œil dans les autres écrits de l’Ancien Testament ou les contemporains d'Esaïe.
Il est clairement dit qu'il partagera ce qu’il avait reçu de la part de Dieu. Le Butin ou la récompense qu’il avait reçus était la restauration national du Peuple de Dieu ainsi que la grande récompense, c'est-à-dire la restauration spirituelle. Dieu à toujours béni le monde à travers le peuple qu’il avait choisi : il leur a donné la Loi. De nos jours, on la retrouve dans beaucoup d’écoles, institutions, maisons, églises, et pays. Donc la meilleure récompense que l’on peut voir derrière toute la souffrance de ce peuple est de connaître ce Dieu qui est amour, justice et grâce. Le thème général et commun aux livres des prophètes est que Dieu appelle son peuple à revenir sur le bon chemin. Cela va encore plus loin que le double sens prophétique et interprétatif de ce passage, qui verra son accomplissement complet dans le Messie.
Pour résumer, l'une des plus grandes récompenses que recevra ce peuple est écrit dans le chapitre précédent :
Le SEIGNEUR a mis à nu son bras saint sous les yeux de toutes les nations; et toutes les extrémités de la terre verront le salut de notre Dieu. (Esaïe 52.10)
Le salut de l’Eternel est tout simplement incroyable, car il est dit que tous verront la délivrance que le Messie apportera. Et cette délivrance n'est pas uniquement nationale mais c'est une délivrance eschatologique mondiale.
Les rabbins émérites ainsi que les théologiens chrétiens affirment clairement qu’il y aura un Messie qui accomplira le reste des prophéties. En analysant les textes de Esaïe 40 à 55, on réalise que Jésus est bien le Messie tant attendu. Dans la plupart des synagogues, la lecture de ce chapitre 53 est interdit, car il est attribué à Jésus, rejeté par les juifs. Quant à nous, nous sommes convaincus que Jésus est le Messie et qu'il est déjà venu sur terre pour être la lumière du monde et nous montrer le chemin.
J'étudie souvent avec mon père, qui est rabbin et qui était pasteur autrefois, et je peux vous assurer que la majorité des rabbins savent et reconnaissent Jésus-Christ. Il suffit de regarder les miracles, parce que dans leurs écrits rabbiniques, il est écrit que le Messie devra faire de tels miracles pour que l’on sache qu’il est réellement le Messie envoyé par Dieu.
Mais cela n’est pas la question donc j'en reste là. C’est toujours un plaisir de répondre a vos questions ! Coram Deo
Foi - Espérance - Amour



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